Le droit de pleurer

Il aura fallu que le retour de couches pointe le bout de son nez pour que je m’autorise enfin à vivre mon chagrin.

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Pleurer à chaudes larmes

Pendant de longues minutes

Ne plus ravaler ses sanglots

Préparer à manger en pleurant

Boire mon café en pleurant

Travailler en pleurant

Etendre le linge en pleurant

Ouvrir le courrier en pleurant

Lire un article de magazine en pleurant

Et enfin, noyer tout ce chagrin dans un bain moussant

Les larmes se mêlent aux bulles

Puis disparaissent dans la bonde

 A travers un dernier tourbillon.

*          *          *

Réapparition de mes règles hier. Après que le gonflement des gants de toilette qui me font office de seins m’ait autorisé l’espoir – et bien sûr, j’ai sauté dessus à pieds joints – d’une nouvelle grossesse tout de suite.

A l’annonce de ma seconde grossesse, je me suis préparée à une seconde fausse couche. Me suis promis de me relever plus vite qu’à la première. Tant et si bien qu’à l’annonce du décès de l’embryon, j’ai serré les dents. Et j’ai voulu tenir parole. Me relever vite, pour qu’une nouvelle grossesse puisse arriver rapidement. Pour qu’on sorte de ce cauchemar.

Mais à force de vouloir me relever vite, j’ai oublié de trébucher. Je ne me suis pas autorisé de larmes après le jour où je l’ai appris. Elles ont tenté de sortir, je les ai vite réprimées. Pas le droit de pleurer. Ne sois pas triste? Garde la tête hors de l’eau.

C’était idiot, et complètement voué à l’échec. Je suis une sensible doublée d’une démonstrative. Les bains de larmes, c’est mon truc. Pas par choix, mais parce qu’elles montent toutes seules. Et finalement, elles me font du bien je crois. Parce que j’ai chialé toute la journée, même aux toilettes. Et ce soir, je me sens mieux. Carrément mieux. Vidée, lavée comme un ciel de Bretagne après la pluie.

Bises à vous